Exposition au siège de Surfrider Foundation à Biarritz, du 03 décembre 2019 au 17 janvier 2020, 10 photographies couleur. Production : Laboratoire Photon Toulouse.
Texte de présentation et feuille de salle
Aleascapes, paysages anthropocènes
Le changement climatique et ses conséquences sont un objet d’études scientifiques, de conférences internationales, de stratégies de lobbying et de communication. À ce registre plus ou moins rationnel, où ces enjeux s’expriment trop souvent dans une guerre des vérités, le travail présenté ici voudrait opposer un registre culturel et sensible, celui du quotidien des paysages côtiers européens.
Certains lieux, particulièrement touchés par les aspects tangibles du changement climatique, révèlent les gestes d’adaptation par lesquels leurs habitants se préparent ou réagissent aux phénomènes extrêmes qui sont annoncés ou déjà avérés. Ces paysages sont un peu comme les soldats décrits dans le désert des Tartares de Dino Buzzati : transis par l’attente, ils sont suspendus à la réalisation d’un alea dont l’occurrence, même consolidée par les statistiques, est par définition incertaine.
Ces paysages qui nous semblent très spécifiques, et que nous avons baptisés du mot-valise « Aleascapes », sont caractérisés par l’indécidabilité. Rien ne peut s’y établir de durable, rien ne peut s’y projeter qui ne puisse en un jour être emporté par des flots ravageurs, rien ne peut s’y rêver qui ne puisse être possiblement réduit au néant.
C’est dans cette poétique du provisoire que se déploient ces photographies, montrant les fleuves côtiers de la ville de Gênes en Italie, et le littoral du Golfe de Gascogne en France et en Espagne. Dans ces lieux indécidables, les photographies révèlent un mélange étonnant entre les approches adaptatives court-termistes mettant en œuvre des moyens dérisoires à l’échelle d’une vie, et les stratégies collectives qui s’essaient à contenir le risque par la ruse ou par la force. Ce mélange improbable de gestes éphémères et de forteresses défensives montre comment le réchauffement climatique donne lieu à l’émergence d’une culture spécifique, hybridant des politiques publiques et des pratiques vernaculaires.
Mais les images contribuent également à documenter un nouveau type de paysages, lieux précis où se rejoignent les tactiques locales et les phénomènes globaux, et où l’exceptionnel peut à tout moment faire irruption dans l’ordinaire. Ces « paysages anthropocènes », plus particulièrement incarnés ici dans la versatilité de la figure aquatique, susciteront inévitablement de nouveaux motifs, et s’incarneront dans d’autres lieux dont les spécificités seront le terrain de reconfigurations spatiales à venir.
Lionel BITSCH & Guillaume BONNEL